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Blog en travaux !

Un joli chat blanc marche derrière moi - Youssef FADEL

Un joli chat blanc marche derrière moi - Youssef FADEL

Présentation de l’éditeur

 

Balloute est un modeste bateleur de la place Jamaa el-Fna, à Marrakech. Par un heureux ou malheureux hasard, il se retrouve fou du roi. Grâce à sa présence au palais dans l’intimité de Sa Majesté, il est en mesure de connaître les intrigues mesquines de la cour, la bassesse assumée des courtisans, le rituel obligé de la domination et de la soumission, la cruauté capricieuse sans laquelle le roi n’est pas roi. Il finit aussi par comprendre que le pouvoir absolu d’un despote n’en supporte aucun autre, même celui de le faire rire.


Balloute a quitté le foyer conjugal quand son fils, Hassan, était encore enfant. Ils ne se sont plus jamais revus depuis. Alors que ce dernier, féru de théâtre, exerce sa verve satirique contre les grands du royaume, l’avis d’incorporation le surprend et il se retrouve enrôlé de force dans l’armée du Sahara, loin de sa femme qu’il aime passionnément. Là, il fait l’expérience douloureuse d’un combat absurde contre un ennemi qui lui ressemble, sous la conduite d’un général aussi avide qu’incapable, et découvre amèrement à quel point le despotisme a corrompu la société tout entière, y compris ceux qui prétendent s’y opposer.


Les voix du père et du fils se relaient dans une suite de séquences où la dénonciation transparente de la tyrannie d’Hassan II est servie par une prose maîtrisée, aussi spontanée que le langage parlé, et empreinte de naïveté malicieuse et d’humour noir.

Oui, je suis bouffon de mon état. Les gens qui s’esclaffent autour de moi, ces cascades de rire qui tombent des quatre coins de la pièce, ces grappes de joie qui pendent, ce bonheur qui flotte dans l’air, cette ivresse qui bat des ailes, cette tempête qui emplit les veines, les yeux et les bouches, qui plie en deux la taille des rieurs et enflamme leurs joues comme si le sang allait leur gicler par les pores du visage et comme s’ils étaient à la limite d’exploser, tout cela me comble de fierté.

 

 

Avis

 

C’est l’histoire de Balloute, artiste de la place Jamaa El Fna à Marrakech, qui sa vie durant sera bouffon au palais du roi Hassan II avant de finir oublié de tous. Et de son fils Hassan perdu au milieu de cette guerre du Sahara et dévoré par l’amour qu’il porte à sa femme.

 

Balloute talentueux conteur, blagueur ira conter fleurette auprès du roi, le divertir et le faire rire, multipliant les hilarités de ces mesquins en costumes trois pièces, il apprendra ainsi les intrigues de ceux qui gouvernent et les rouages du pouvoir. Mais il y apprendra aussi l’injustice que subit son peuple. Son Fils Hassan quant à lui, obligé de quitter son épouse, connaitra à ses dépens les méandres d’une guerre absurde.

« Je lui ai demandé de me parler de la guerre. Il m’a dit : « Les Sahraouis veulent fonder leur propre Etat, ici au Sahara, pour avoir leur propres bandits. Au lieu de se faire spolier par les mêmes familles que nous, ils préfèrent se faire dépouiller par les leurs ! » Sa réponse m’a plu. Elle m’a paru à la fois sensée, plausible et drôle. C’est comme ça que finissent révolutions, insurrections et protestations en tout genre : elles vous amènent à tendre votre cou aux vôtres pour qu’ils vous égorgent et vous sucent le sang. »

 

L’histoire alterne entre le père et le fils pour nous dépeindre une société où la liberté d’expression entraîne la prison ou bien dans le cas de Balloute une mise à l’écart sans aucune explication, la perte de son univers et de son statut social, une disgrâce qui lui fera perdre la tête. Il en est de même pour son fils Hassan qui entrainé dans une guerre qu’il ne comprend pas perdra quant à lui aussi ses repères, sa vie, son amour.

L’auteur nous pousse à comprendre le despotisme de ces années de règne sous Hassan II, il dénonce la polygamie et la misère de son peuple ; mais surtout nous montre comment les hommes changent de génération en génération un père volage engendre un amoureux transi et le désir de faire rire animent pourtant ces deux êtres dont la mort va les rattraper chacun à sa manière.

 

Ce récit ne finit pas en conte de fées, il me laisse un goût d’espoir perdu d’avance, de désolation pour ces personnages qui finalement ne sont pas si fictionnels que ça car nombre de jeunes gens ont vécu pareille mésaventure. Le talent de conteur de Youssef Fadel apparaît simplement dans ses mots, ils nous font vivre l’histoire, marcher aux côtés de Balloute, on est à Marrakech, on est dans le désert aussi à la recherche d’une gazelle, on est dans cette maison aux senteurs de citrons et de fleur d’oranger, on est dans ces rues marocaines qui ont fait naitre la joie et la colère. Une très belle découverte.

 

Un roman à deux voix, celle d’un homme assoiffé de reconnaissance :

« Ai-je joué mon rôle à la perfection ? Mes bouffonneries n’ont pas été sans faire une colonie de jaloux, de flatteurs. Tiens, voilà un beau et bon souvenir pour m’accompagner jusqu’à ma tombe… à condition que mon cadavre ne se casse pas la gueule en cours de route ! ça aussi ça pourrait arriver. Avec les humains, il faut s’attendre à tout. »

 

et de son fils assoiffé de vie :

 «  Tout en marchant, je pense à cette étoile morte depuis des centaines d’années et dont la lumière continue d’étinceler. Comme elle je suis mort et il se pourrait bien que ce que je vois ne soit que la nostalgie de quelque chose qui n’est plus et dont l’écho vibre encore avant de s’éteindre à jamais. »

 

Merci aux Editions Actes Sud de m’avoir fait découvrir cet auteur.

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