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Le cas Eduard Einstein - Laurent Seksik

Présentation

 

«Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution», écrit Albert Einstein en exil. Eduard a vingt ans au début des années 1930 quand sa mère, Mileva, le conduit à l'asile. Le fils d'Einstein finira ses jours parmi les fous, délaissé de tous, dans le plus total dénuement.

Trois destins s'entrecroisent dans ce roman, sur fond de tragédie du siècle et d'épopée d'un géant. Laurent Seksik dévoile un drame de l'intime où résonnent la douleur d'une mère, les faiblesses des grands hommes et la voix du fils oublié.

« Il est des malheurs auxquels on ne peut rien. On ne peut blâmer ni soi ni personne. Il range dans cette catégorie le mal qui frappe Eduard. Son chagrin se double d’un sentiment d’impuissance. Mais il ne ressent pas une once de culpabilité. Il garde la certitude que sa seule présence, la moindre de ses actions aggraverait l’état de son fils. La seule évocation de son nom agit comme un brasier dans l’esprit d’Eduard. »

Avis

 

Eduard Einstein, fils du Prix Nobel de physique Albert Einstein et donc voué à de grandes choses avant qu’il ne soit diagnostiqué schizophrène à 20 ans et interné par sa mère jusqu’à sa mort en 1965 à l’âge de 55 ans dans l’asile de Burghölzli à Zurich.

« Jusqu’alors, elle n’avait pas pleuré. Elle n’était pas encline à la tristesse. Seule, la peur occupait ses pensées, une frayeur immense, une terreur de mère ». 

Le grand physicien resta sans ressource face à la maladie de son fils : «  Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution », et fuira l’Europe en guerre pour rejoindre l’Amérique où il enseignera à Princeton, abandonnant son fils et laissant son ex-femme Milena se dépêtrer.

L’auteur se base sur des faits réels pour capturer l’état d’esprit de ces trois personnages, dans ce roman il est pourtant tentant d’accabler le père. Il se marie avec une femme lui sacrifiant sa carrière, abandonne leur petite fille dans la famille de sa femme, il divorce, laisse son fils cadet enfermé dans un asile sa vie durant, lui rend visite une seule fois en 1933 avant sa fuite et ne revint jamais. Ce père absent ne revint jamais voir son fils, de l’autre côté de l’Atlantique il a bien d’autres causes à défendre celle des noirs ou des juifs par exemple. La culpabilité et l’impuissance le ronge mais ne changeront rien.

« Il a eu tous les courages. Braver la Gestapo, soutenir la cause des Noirs, aider à la création d’un État Juif, ne pas baisser l’échine, écrire à Roosevelt pour construire la bombe contre l’Allemagne, écrire à Roosevelt pour arrêter la bombe contre le Japon… mais, aller voir son fils est au-dessus de ses forces. Il a trouvé ses limites. Seul l’Univers ne connaît pas de limites… ».

Les trois personnages souffrent chacun à leur manière, chacun dans leur coin. L’amour qu’ils ont les un pour les autres est pourtant présent mais les fait souffrir.

 

Le plus poignant a été de découvrir les pensées d’Eduard, de partager son quotidien enfermé dans sa tête et ses délires, de ses moments de lucidité pendant lesquels il fait preuve de beaucoup d’humour et de sarcasmes.

Par delà l’histoire de la famille Einstein il est question de la montée du nazisme et l’arrivée de la guerre marque le début de la persécution des juifs et de la menace qui pèse sur les intellectuels dont la seule échappatoire est l’exil.  Mais on y aborde également un fait nouveau pour la période : la schizophrénie et pour cela il est fait, de nombreuses fois, référence à Freud.

C’est une lecture prenante et éprouvante de ce drame familial qui, je dois l’avouer, m’a fait oublié qu’il s’agissait d’un roman.

Tag(s) : #Livres, #Seksik, #Flammarion

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