Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

On ne voyait que le bonheur - Grégoire Delacourt

On ne voyait que le bonheur - Grégoire Delacourt

Edition JC Lattès

Sélection Goncourt 2014

 

Présentation

 

« Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros.
Une vie ; le col enfin à dix centimètres, le souffle court, la naissance, le sang, les larmes, la joie, la douleur, le premier bain, les premières dents, les premiers pas ; les mots nouveaux, la chute de vélo, l’appareil dentaire, la peur du tétanos, les blagues, les cousins, les vacances, les potes, les filles, les trahisons, le bien qu’on fait, l’envie de changer le monde.

Entre trente et quarante mille euros si vous vous faites écraser.

Vingt, vingt-cinq mille si vous êtes un enfant.

Un peu plus de cent mille si vous êtes dans un avion qui vous écrabouille avec deux cent vingt-sept autres vies.
Combien valurent les nôtres ? »


À force d’estimer, d’indemniser la vie des autres, un assureur va s’intéresser à la valeur de la sienne et nous emmener dans les territoires les plus intimes de notre humanité. Construit en forme de triptyque, On ne voyait que le bonheur se déroule dans le nord de la France, puis sur la côte ouest du Mexique. Le dernier tableau s’affranchit de la géographie et nous plonge dans le monde dangereux de l’adolescence, qui abrite pourtant les plus grandes promesses.

Ma lâcheté trouve son origine dans cette colère qui ne sort pas. Je sais que le pardon n’a jamais été une qualité humaine, il faut se battre, oser redevenir animal, mordre, se défendre ; ou accepter de disparaître.
J’y pense parfois. Disparaître.

Avis

 

Comment ne pas parler de La liste de mes envies qui a su convertir nombre de lecteurs à Grégoire Delacourt. Son nouveau roman est plus sombre, composé de trois parties.

Antoine, père de famille et expert en évaluation de dommages pour une société d’assurances, s’adresse à son fils Léon et lui narre des scènes de son passé, des souvenirs qui l’ont marqué et toutes ont un prix : quatre-vingt euros, cinq francs, quatre cinquante, quelques euros voire des milliers. Chaque morceau de vie a un prix, que ce soit professionnelle ou personnelle, durant son enfance ou pendant sa vie d’adulte, ces malheurs lui ont couté, l’ont blessé et torturé au point de commettre un acte impardonnable.

 

Une première partie dans laquelle on nous distribue les pièces d’un puzzle, un enfant en manque d’affection qui perd une de ces deux sœurs jumelles, la « survivante » ne prononce qu’un mot sur deux, la mère effondrée les quitte et le père noie son chagrin dans l’alcool avant de se trouver une nouvelle femme. Un enfant cherchant l’amour de sa mère sans réellement le trouver.

 

Mais moi ? Avais-je demandé. Moi, tu m’aimes, maman ? Tu m’aimes ? Elle m’a répondu : sans doute. Sans doute, mais à quoi ça sert ?

 

Elle a emporté avec elle quelques affaires. Ses livres de Sagan. Elle a caressé ma joue, déposé un baiser sur le front de la survivante qui, les yeux secs, n'avait plus rien dit depuis que son double ne s'était pas réveillé. Notre mère partait. C'était tout.

 

A l’âge adulte, le bonheur pourrait enfin montrer le bout de son nez, marié à Nathalie, ils ont eu deux enfants Joséphine et Léon. Mais une fois de plus le sort s’acharne, on l’abandonne encore …

 J’ai senti le froid. Le vent. L’orage, tous les orages. J’ai senti mon sang se glacer. J’ai senti l’eau froide. Le nénuphar chaud de mon sang. J’ai senti le monde s’écrouler quand Nathalie m’a trompé.

Puis il perd son travail, ses enfants sont distants, et alors la lâcheté prend le dessus, il pense pouvoir sauver le peu de bonheur qui lui est offert en commettant un geste qui gâchera tout. Une arme. Le sang de son enfant…

 

C’est dans une deuxième partie que l’auteur exile son personnage, c’est au Mexique qu’il tente d’oublier et de se reconstruire, menant une vie humble, une vie d’homme de ménage dans un hôtel. L’amitié avec un enfant lui redonne un peu goût à la vie et aux joies simples. Puis l’amour d’une femme, blessée comme lui, lui apportera une sorte d’apaisement.

La troisième partie est réservée à l’enfant meurtri, Joséphine, qui se questionne beaucoup, tente d’expliquer le geste de son père qu’elle nomme le chien. Sous forme de journal intime ce sont des mots d’enfant, d’adolescente en psychothérapie, de la colère et de l’incompréhension, pourquoi elle ? et au-delà de la douleur lui accorde finalement son pardon.

 

Des mots mélancoliques puis salvateurs, forts puis doux, on tente de comprendre cette tragédie, de cerner un homme brisé, Antoine l’explique lui-même par ces mots :

 « Quand votre vie privée est foutue, quand votre famille s’est délitée et que votre vie sociale est en train de disparaître, vous savez que vous entrez dans le noir. L’indiscutable. Celui où on ne vous retrouve plus. Alors, oui. Peut-être que ça a été le déclencheur ».

 

 

Un roman très émouvant qui laisse un sentiment de tristesse, je ne m’attendais pas du tout à ce coup de massue.  Avide de comprendre le sens de ces révélations j’ai avalé les phrases le cœur étouffé par l’appréhension.  C’est fou l’effet que ce récit a pu avoir sur moi alors je me dois de vous le conseiller.

challenge rl jeunesse
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article