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1ère sélection Prix Goncourt 2014
1ère et 2ème sélection Prix Jean Giono 2014

Présentation de l'éditeur
" Adam réfléchissait. Et il n'arrivait pas à trouver de solution à cette énigme : pourquoi son corps se trouvait-il à une altitude de trente mille pieds, propulsé à une vitesse supersonique par des réacteurs conçus du côté de Seattle ou de Toulouse – très loin de son Azemmour natal, où les carrioles qui allaient au souk dépassaient rarement la célérité du mulet, où les voitures à bras n'excédaient pas l'allure du gueux se traînant de déboires en contretemps ? "
Dans son style inimitable, Fouad Laroui nous entraîne à la suite de son héros – un ingénieur marocain décidé à rompre du jour au lendemain avec son mode de vie moderne et occidentalisé – dans une aventure échevelée et picaresque. Une tentative de retour aux sources semée d'embûches et à l'issue plus qu'incertaine, derrière laquelle se dessine une des grandes interrogations de notre temps : comment abattre les murs que l'ignorance et l'obscurantisme érigent entre les civilisations ?

Le Boeing, c’était autre chose. Neuf cents kilomètres par heure… Pourquoi cette hâte, grands dieux ? À travers le hublot, l’univers se signalait par la couleur bleue, lacérée parfois de blanc translucide, mais aurait-il été niellé de mauve ou d’or que cela n’aurait pas changé grand-chose, car ce n’était pas la nature qui était en jeu mais plutôt l’histoire des hommes, la distribution de l’espèce à travers la planète.

Avis
Changer de vie. Voilà le rêve d’Adam Sijilmassi qui pourrait être celui de tout un chacun. Adam est ingénieur à l’Officce des bitumes du Tadla, il n’a rien à envier à personne : bonne situation professionnelle et le salaire qui va avec, appartement de fonction, vacances à Marrakech, la panoplie du bon employé prometteur ; jusqu’au jour où, au dessus de la mer d’Andaman, Adam réfléchit à sa vie.  Pourquoi courir ainsi, vivre à cent à l’heure ? Que fait-il dans cet avion au milieu d’hommes d’affaires comme lui tous vêtus de la même façon ? C’est une crise existentielle qui commence à faire rage à l’intérieur de lui.

Qu’est-ce qui nous est arrivé ? Je veux dire : nous, les Marocains ? Mon grand-père vivait paisiblement du côté d’Azemmour, qu’il n’a jamais quitté. Mon père n’a jamais pris l’avion… Cela fait des siècles que nos ancêtres vivaient en symbiose avec la nature. Le jour venu, ils quittaient le monde sans l’avoir dérangé… Mais nous… Pourquoi vivons-nous ainsi, pressés, affairés ?... Cette vie est absurde. Je veux vivre autrement. Lentement. Comme mon père et mon grand-père.

Retour sur Terre, aéroport de Casablanca, il va rentrer chez lui retrouver sa femme Naïma, qui n’aime chez lui que sa situation, inculte mais déterminée, il s’en va donc lui annoncer la « bonne » nouvelle : il va démissionner de son poste et ralentir, retourner à la « vraie vie ».  A partir de là les situations cocasses vont se multiplier, et la première commence à l’extérieur de l’aéroport, il compte rentrer à pieds !

- Je vais à Casablanca. Mais j'ai envie de marcher. Merci pour l'offre.
Il y avait là trois phrases, si tant est que la ponctuation s'entende. Une de ces phrases posait problème (« Cherchez l'intrus »). L'homme à la Simca se recula. Son corps envoyait maintenant une flopée de signaux (tics, froncements divers, ululations sourdes...) qui semblaient tous signifier la même chose : au fou !... au fou !

[…]

Adam grimpa tant bien que mal sur la carriole et s'assit sur une bâche, à l'arrière, en laissant ses jambes pendre. Voyageant en quelque sorte à l'envers, il pouvait voir apparaître au loin les voitures qui revenaient de l’aéroport ; elles approchaient à toute allure, klaxonnaient pour la forme avant de dépasser l'attelage – et alors il voyait toutes les nuances de l'étonnement se peindre sur le visage du conducteur et des passagers, quand il y en avait.
« Que fait ce jeune cadre dynamique à l’arrière de cette carriole qui date de l’année du typhus ? »

Les complications ne font donc que commencer. L’épouse, croyant son mari devenu fou, appelle sa mère à la rescousse puis finit par le quitter embarquant le chat avec elle par la même occasion. Adam ouvre les yeux et se rend compte que dorénavant il n’est plus rien aux yeux des autres et après moult questionnements part sur les routes, sur les chemins et atteint son Azemmour natal et la maison familiale où un étrange culte se met en place après son arrivée. Ne sortant guère, se nourrissant peu et passant le plus clair de son temps dans les livres laissés par son grand-père il découvre la philosophie arabe et en oublie son éducation française, ses mots de grands penseurs français qui envahissaient sa tête. D’ailleurs la partie la plus intéressante est bien l’échange de point de vue entre Adam et son cousin Abdelmoula.

Descendant d’une famille renommée Les Sijilmassi et de leur fameuse baraka, Adam verra sa personne utilisée à des fins politique et religieuse, d’un côté par la police secrète du Makhzen et de l’autre par les islamiste. Un maelstrom dans lequel il finira par se perdre lui-même.

Malgré mon désir de vous en raconter davantage il me faudrait des lignes et des lignes pour vous transmettre chaque sensation, rire, étonnement. Ce récit aux allures de conte nous donne à réfléchir sur le sens de notre vie, les frivolités qui prennent tant d’espace et ce retour à l’essentiel et à nos racines qui est parfois difficile à accorder avec notre mode de vie. Quant à la place de la religion et de la philosophie dans la tête de cet ingénieur finit par lui faire perdre le sens des réalités. Des scènes cocasses frôlant parfois l’absurde donnent du plaisir à la lecture, et ce personnage attachant qu’est Adam se pose surement trop de questions au lieu de penser simplement à vivre.

C’est un beau et joyeux  voyage dans ce Maroc aux multiples visages, dans ce mélange de culture qui pose tout de même la question de l’identité.

Adam regarda le majestueux spectacle du soleil couchant, dont la couleur orange, presque rougeâtre, formait un contraste violent avec le bleu sombre de la mer, au loin, à l’horizon.
Au moment où il s’apprêtait à disparaître, le disque lumineux sembla s’immobiliser quelques instants. Adam savait (lointain souvenir du cours de physique) que le soleil n’était plus là ; en fait, il était vraiment passé de l’autre côté. Pourtant, la courbure des rayons lumineux, causée par la masse de la Terre, imposait l’illusion de sa présence.
En somme, se dit dam, il est là sans être là ; comme moi
Mais moi, je vais ici advenir. Adhérer.
Rester

Tag(s) : #Livres, #Laroui, #Julliard

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