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Notre désir est sans remède - Mathieu Larnaudie

Présentation
Quand la jeune Frances est apparue dans des productions de la Paramount ou de la MGM, à la fin des années 1930, on a d’abord apprécié sa blondeur, ses pommettes hautes, son menton dédaigneux, sa raisonnable impertinence. On l’a dite tour à tour provocatrice, communiste, féministe, athée, amoureuse. Puis on l’a déclarée folle et les dispositions nécessaires ont été prises. Son indocilité affichée dérangeait Hollywood et la bonne société américaine, qui n’acceptaient pas qu’elle déborde le cadre auquel on voulait la cantonner.
En évoquant le destin de cette femme dont seul le corps aura été considéré – sublimé par les chefs op, admiré par les fans, contraint par la justice, brisé par la médecine –, Mathieu Larnaudie, qui attaque (comme on le dirait d’un acide) le réel par la fiction pour donner à penser le contemporain, livre une réflexion politique sur l’image et l’individu. De la lumière à l’ombre, des écrans de cinéma à la claustration puis à une forme plus insidieuse d’exposition, Notre désir est sans remède suggère que la célébrité est peut-être la manière la plus irrémédiable d’échapper à soi-même, ou de se perdre.

Avis
Une histoire qui m'a bouleversée malgré les difficultés à sa lecture. Frances est une jeune fille rebelle, obstinée, et d'une grande beauté, les portes du Hollywood des années 30 s'ouvrent puis c'est Broadway qui l'accueille. Sa carrière est fulgurante mais la destruction de cette étoile plus brutale encore.
L'auteur nous raconte cette femme, ses origines et analyse en quelque sorte son parcours, ses espoirs et ses rêves, l'industrie du cinéma qui broie ses acteurs et actrices. Cette jeune femme, que Samuel Goldwyn prît sous son aile, refusât d'entrer dans le moule de toutes ces starlettes hollywoodiennes et en payât le prix.
Ce qui fût le plus atroce dans ce roman biographique est la part réservée à ses internements et aux "soins" qui lui ont été délivré par les psychiatres de l'époque, et l'innommable qu'elle a subit de la part des gardiens. Je n'ose pas parlé de déchéance car finalement c'est son tempérament de feu qui lui valut ce mauvais coup du sort, quand aujourd'hui ce genre de comportement lui permettraient de faire le buzz à son époque lui valurent d'être qualifiée de folle et de subir des électrochocs. 

«En d'autres mots, tant que nous en sommes à ce rapide tableau, à ces hypothèses en abrégé – il n'est pas invraisemblable qu'à l'anonymat de l'homme des foules – celui-là même qui combat dans la Meuse et qui trime dans les fabriques, tour à tour chair à canon et à chaîne tayloriste – réponde précisément l'avènement de la célébrité absolue. Qu'à l'individu indifférencié, noyé dans la masse et les cadences répétitives de la standardisation, fasse pendant la distinction suprême, l'élection mystérieuse, l'apparition de la star hollywoodienne.»

Un texte qui a été très difficile à lire et par moment à comprendre il faut rester attentif à chaque mot, mais dans l'histoire de cette femme et de son parcours résonne l'histoire de la société des années 40 et de l'univers impitoyable du cinéma. L'auteur ne cherche pas à nous expliquer les raisons de la chute de Frances mais plutôt de nous démontrer la force du pouvoir de l'image et son influence sur un esprit libre.
Point d'analyse psychologique ou de dénonciation, juste un hommage à une icône du cinéma des années 30-40. Un roman magnifique.

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