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Le Paradoxe d'Anderson - Pascal Manoukian

Présentation
Plus rien n’est acquis. Plus rien ne protège. Pas même les diplômes.
À 17 ans, Léa ne s’en doute pas encore. À 42 ans, ses parents vont le découvrir. La famille habite dans le nord de l’Oise, où la crise malmène le monde ouvrier. Aline, la mère, travaille dans une fabrique de textile, Christophe, le père, dans une manufacture de bouteilles. Cette année-là, en septembre, coup de tonnerre, les deux usines qui les emploient délocalisent. Ironie du sort, leur fille se prépare à passer le bac, section « économique et social ». Pour protéger Léa et son petit frère, Aline et Christophe vont redoubler d’imagination et faire semblant de vivre comme avant, tout en révisant avec Léa ce qui a fait la grandeur du monde ouvrier et ce qui aujourd’hui le détruit. Comme le paradoxe d’Anderson, par exemple. « C’est quoi, le paradoxe d’Anderson ? » demande Aline. Léa hésite. « Quelque chose qui ne va pas te plaire », prévient-elle. Léon, dit Staline, le grand-père communiste, les avait pourtant alertés : « Les usines ne poussent qu’une fois et n’engraissent que ceux qui les possèdent.»

Avis
Christophe et Aline travaille chacun dans une usine du nord de la France, tous deux vivent chichement mais heureux entourés de leurs deux enfants: Mathis enfant fragile et Léa en dernière année de lycée. Le milieu de l'industrie va mal et beaucoup d'usines licencient, le statut d'ouvrier est comme une colonne de marbre construit sur du sable et le grand-père fervent communiste a élevé sa fille Aline avec ses convictions politiques.
La mondialisation va frapper durement à la porte de ce couple, Aline est licencié, les patrons ont fait croire que leur usine ne serait pas touchée par le plan social mais un beau matin les machines avaient disparues. Quant à Christophe son usine est en grève, s'ajoute à cela un opportuniste venu briser la grève et une situation cachée aux enfants. Difficile de joindre les deux bouts tout en maintenant un semblant de normalité face aux enfants. Et quand les factures s'accumulent, qu'une banque qui risque de tout vous prendre, les solutions sont guère reluisantes: le suicide, la roublardise face à plus pauvre ou le vol.

Ce livre c'est l'histoire de millier de gens en France et ailleurs, le destin qui s'acharne et vous fait courber l'échine. Le récit recoupe deux visions : celle de la réalité face aux théories économiques, Aline et Christophe face à Léa et ses cours d'économie. Une véritable descente aux enfers en l'espace d'un an, l'année du bac de Léa; l'histoire se déroule accumulant au passage de plus en plus de dégâts dans la vie de cette famille jusqu'au point de non retour, reçu comme une délivrance.  Il n'y a de toute manière aucun échappatoire.

Ce récit est fort, on lit et on s'intègre à cette douleur, on s'imagine dans la même position, qu'aurait-on fait? Rien, il n'y a rien à faire de plus... que subir car l'auteur montre bien que malgré l'envie de s'en sortir l'économie continue à vous plonger la tête sous l'eau. Ce livre et surtout son dénouement m'a profondément marqué et je vous conseille plus que vivement de découvrir ces destins brisés, ceux d'ouvriers de France.

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