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Orléans - Yann Moix

Présentation
Qui a lu l’œuvre publiée de Yann Moix sait déjà qu’il est prisonnier d’un passé qu’il vénère alors qu’il y fut lacéré, humilité, fracassé.
Mais ce cauchemar intime de l’enfance ne faisait l’objet que d’allusions fugaces ou était traité sur un mode burlesque alors qu’il constitue ici le cœur du roman et qu’il est restitué dans toute sa nudité.
Pour la première fois, l’auteur raconte l’obscurité ininterrompue de l’enfance, en deux grandes parties (dedans/dehors) où les mêmes années sont revisitées en autant de brefs chapitres (scandés par les changements de classe, de la maternelle à la classe de mathématiques spéciales).
Dedans : entre les murs de la maison familiale.
Dehors : l’école, les amis, les amours.
Roman de l’enfance qui raconte le cosmos inhabitable où l’auteur a habité, où il habite encore, et qui l’habitera jusqu’à sa mort, car d’Orléans, capitale de ses plaies, il ne pourra jamais s’échapper.

Avis
Ce roman qui fait énormément parlé de lui ces derniers temps le mérite amplement, découpé en deux parties: Dedans, Dehors, l'auteur retrace son enfance au sein de la cellule familiale et son environnement (amis, école).
Ayant déjà lu quelques avis avant de débuter ma lecture je redoutais ce que j'allais y découvrir, dans la première partie nous suivons l'auteur entre les murs de l'appartement familial où l'enfer règne en maître. Des parents violents qui refuse à leur fils une quelconque émancipation préférant le garder à l'oeil ... cet enfant pas vraiment désiré. La lecture de grands écrivains comme Gide puis Péguy et Ponge suivi de Sartre et bien d'autres l'aideront à s'évader, l'écriture prendra aussi une place importante avec la musique. Mais même avec ces bouées le jeune Yann aura du mal à faire abstraction de l'humiliation quotidienne, de cet acharnement à vouloir briser tout ce qu'il entreprend.
Les mots ont été durs à lire, cette violence d'un père et une mère sans amour, on lit le calvaire d'un enfant subissant les tortures physiques et morales, une enfance terrible au point de se demander comment l'auteur a pu s'en sortir. 

C'est ce que l'auteur nous offre en deuxième partie, le dehors, ce qui l'a sauvé de la barbarie de parents fous furieux. L'école, les amis mais aussi les rencontres, une partie qui décrit le jeune Yann comme un enfant normal et qui ne rencontre aucune difficulté à part son entrée dans l'adolescence et ses petits drames. On s'en tout de même une certaine fragilité plus poussée chez Yann que chez un enfant "normal", il se réfugie toujours dans la littérature même si ses parents le poussent vers les mathématiques. Il s'accroche à l'écriture, débute des histoires qu'il ne finit jamais avant de débuter le roman qui lui apportera le prix Goncourt.

Pas de patho, une description des faits presque froide pour décrire une douleur et une résurrection un peu comme le dit l'auteur lui même: écrire à la manière de Gide. Ce n'était probablement pas des ouvrages à lire pour un enfant pourtant le jeune Yann a trouvé dans les mots de Gide un peu de réconfort. Une écriture délicate et énormément de références littéraires pour décrire une enfance pleine de traumatismes, la première partie m'a bouleversé par cette violence familiale remplacée par un autre type de souffrance à l'école. J'ai été un peu déstabilisée par la trop grande présence d'auteurs dans le récit tel Ponge ou Zola. L'enfant terrorisé se crée une vie à l'abri de ses parents.

Je ne m'attendais pas à cette construction mais le roman tout en retenu permet d'appréhender l'enfance de l'auteur sous deux aspects, et au fil des pages atténue le malaise. J'espère que l'auteur par l'écriture réussi à trouver l'apaisement.

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