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Ainsi passe la gloire du monde - Robert Goolrick

Présentation
Avec Féroces et La Chute des princes, Robert Goolrick a entamé un cycle auto fictionnel qui a saisi lecteurs et critiques par sa beauté, son incandescence et sa lecture nostalgique et acerbe de l'histoire contemporaine des États-Unis.

Ainsi passe la gloire du monde vient clore cette aventure littéraire. On y retrouve Rooney, l'avatar de l'auteur, et ses amis inoubliables, emportés par le siphon qu'est devenu leur pays déchiré par un tyran aux allures de clown orange cannibale. Un pays aussi clivé que durant la guerre de Sécession, nordistes et confédérés ayant été remplacés par les "déplorables" et les "1%". Rooney, qui a perdu sa vie à tenter de rester parmi les derniers, se retrouve échoué, malade sans recours, miséreux sans excuse, avec pour seule consolation quelques rares souvenirs de joie, et portant la blessure ouverte d'une question trop douloureuse: "Quand on fait l'amour pour la dernière fois, sait-on que c'est la dernière?"

A l'occasion de funérailles, il convoque les fantômes du passé, part à la recherche des quelques fidèles qu'il connaît encore, témoins d'une autre vie, d'une autre Amérique.

Avis
Avec Féroces l'auteur nous  livrait une confession sur son enfance malheureuse au sein d’une famille de la middle-class sudiste des années 50. Dans La chute des princesceux de Wall Street, Robert Goolrick aborde la fulgurance de leur ascension et de leurs excès dans ces années 80 où tout paraît possible, où le monde entier est regroupé dans une salle de marché; puis de leur chute: la belle vie à laquelle aspirait tous ces jeunes loups sera compromise par des bêtes bien plus féroces qu’eux et précipiteront leur chute. Le sida fait des ravages, les overdoses et les suicides marquent la fin.

Ainsi passe la gloire du monde revient sur la vie de Rooney mais surtout de ses regrets. Aux derniers instants de sa vie celui qui fut un des princes de Wall Street vit pauvrement et semble en vouloir au Président Trump comme si tous les maux de l'Amérique provenait de ce pantin orange. Rooney est malade et abandonné de tous ceux qui fut ses amis et qui sont devenus au fil du temps de véritables étrangers, il se replonge dans sa vie passée, dans ce faste fait de démesure qui la conduit dans l'oubli. De son enfance torturée et brisée, à son envie d'en découdre auprès des plus puissants et de toujours s'offrir ce qu'il y a de plus cher, le récit trouble et captive mais aurait pu être somptueux si Devasta Trump ne faisait pas son apparition à chaque paragraphe.
On comprend aisément la colère de l'auteur envers cet être à côté de ses pompes et qui dirige ce qui fut le pays de la liberté mais nous lecteur ne comprenons pas forcément l'utilisation intempestive de ce personnage dans un roman sur la déchéance d'un homme, même si c'est bien vers ceci que l'Amérique se dirige.

Rooney, désabusé et dont la désillusion sur sa vie et sur son pays vont de pair, raconte ses amis, réveille ses fantômes, raconte comment il a brûlé sa vie par les deux bouts, comment il a cumulé les amours sans jamais en garder un seul même celle qui aurait pu être son avenir. Il s'apitoie alors qu'il a lui même fait ses choix qui l'on conduit à la misère économique et affective. Ce personnage représente la nostalgie d'un temps révolu et la dégradation en marche d'un pays qui lui a tout offert. Bilan d'une vie, celle du narrateur, celle de l'auteur, récit mêlant fiction et réalité, celles d'un homme arrivant au bout de sa vie, de ce qu'il peut donner, celles d'une société perdue où un pantin cruel la fera chavirer de plus en plus.

Je me plonge dans ce récit comme le perçois comme une redécouverte d'un auteur qui a su me fasciner, il est bon de se plonger dans ces deux précédents romans pour comprendre la profondeur de ces écrits. Ainsi passe la gloire du monde va de pair avec La chute des princes, une suite sur la décadence, le sexe, l'argent, les désillusions, la chute d'un homme, de son monde, la perte de repères, la gloire d'un pantin dévastateur, et la délivrance d'un auteur.

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