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Le rejet français de l'islam : Une souffrance républicaine – Henri Goldman

Islam.jpgQuatrième de couverture

Depuis plus de vingt-ans, les polémiques autour de la présence visible de l’islam en France n’ont cessé de s’amplifier : foulard à l’école, port de la « burqa », mise en cause de la laïcité… La société française nourrie d’universalisme républicain ne comprend pas pourquoi les enfants de l’immigration, au lieu de s’assimiler au sein d’une société sécularisée, y ont introduit une religion vigoureuse qui aspire désormais à se faire reconnaître.

 

Cet état de fait semble tellement incroyable que, pour beaucoup, il  ne peut s’agir que d’un projet politique manipulé. Le rejet de l’islam, qui se manifeste en France comme partout en Europe, est le résultat de cette perception. Et si on faisait l’hypothèse inverse ? Que ce « retour du religieux » surgit bien du cœur de notre société en mal de repères ? Et qu’il n’est nullement incompatible avec la modernité démocratique, qu’il peut même contribuer à renforcer ?

 

Avis

Une argumentation claire, accessible à tous même au non initié en la matière. L’auteur défend sa position en se basant sur des textes légaux, sur des discours de sociologues et autres personnes concernées mais également en se référant à d’autres modèles sociologique tels que le modèle belge, canadien ou britannique.

Comment les inscrire dans le paysage convictionnel de la laïcité «à la française » ? Celle-ci considère généralement que la religion est une affaire strictement privée et qu'il serait souhaitable que les musulmans suivent l'exemple des catholiques ou des protestants, lesquels n'affichent pas leurs convictions religieuses en public.

 

La principale question abordée est la place de l’islam en France, sa pratique dérange-t-elle réellement le principe de laïcité ? D’après l’auteur il n’y a pas de doute à ce sujet et ce depuis des décennies déjà, phénomènes qui s’est accentué par la loi interdisant les signes religieux à l’école publique (sans le dire clairement il s’agit essentiellement du port du foulard) et celle interdisant de dissimuler son visage sous un voile en l’occurrence le port du niqab. Deux choses renvoyant directement à l’islam et perçu comme une menace contre l’égalité.

Mais toute l’histoire enseigne qu’on n’émancipe pas durablement les personnes, les groupes ou les peuples indépendamment de leur propre mouvement. Leur dignité, c’est de ne pas avoir besoin de bienfaiteurs qu’il faut ensuite remercier sans fin. Une liberté octroyée par qui a barre sur soi n’est pas une liberté mais une nouvelle sujétion.

Ainsi, la notion de « dignité » apparaît comme la contrepartie subjective d’une conception formelle de l’égalité et de la liberté qui s’imposerait du haut vers le bas.

 

Evidemment il ne s’agit pas là de donner mon opinion sur le sujet, mais d’en donner une sur la lecture de cet essai, sur l’analyse d’un rejet qui ne fait que s’accroître. On parle d’intégration alors même que le politique fait son possible pour tenter d’effacer les différentes origines et confessions d’un peuple pour façonner une seule et même culture commune à tous.

L’intégration dont tout le monde nous rebat les oreilles est un processus à double mouvement, où chaque partie « accepte que [sa] culture soit transformée à plus ou moins long terme par le jeu des interactions ». Il faudra pour cela s’émanciper du carcan de la pensée radicale française. Sans quoi la révolte des banlieues de 2005 pourrait bien n’avoir été que le hors-d’œuvre d’un plat de résistance à venir.

 

Les positions se radicalisent en France, des positions basées pour l’essentiel sur l’inconnu et l’incertitude face à quelque chose que l’on ne connait pas, pourtant nombre de personnages religieux tentent de faire le lien entre les différentes confessions afin que chacun connaisse et reconnaisse l’autre. Alors pourquoi les réponses politiques apportées divergent tant ? Pourquoi est-il nécessaire d’effacer les minorités et de les fondre dans la majorité ? Pourquoi effacer le multiculturalisme qui a construit la France ?  La seule réponse qui nous est donnée est la défense de la laïcité.

Contrairement à ce que sont devenues les religions chrétiennes, l'islam est resté dans sa pratique majoritaire une orthopraxie, c'est-à-dire une religion communautaire mettant l'accent sur des rites et des pratiques socialement partagés, à travers lesquels les croyants se relient entre eux et font communauté.

 

L’auteur nous démontre que ce n’est pas tant la religion elle –même qui s’affiche que la culture d’origine mais la France souhaite une intégration immédiate et l’effacement de tout signe extérieur.

Parmi ceux qui affirment une identité musulmane, tous n’entendent pas se conformer à nos « normes et valeurs ». Et le même mécanisme (la colonisation) se reproduit : nous leur demandons, avec plus ou moins de fermeté, de s’y plier du moins en public, persuadés que celles-ci sont l’étalon des valeurs universelles et que c’est donc « pour leur bien ».

 

L’arrivée de l’Islam en France et son installation ne s’est jamais réellement bien déroulée. Cet essai apporte quelques éléments de réflexion, bien construit et abordant des thèmes variés.

Merci à Babelio et aux Editions Presses Universitaires de France.

L'ajustement concerté constitue la « version citoyenne » de l'accommodement raisonnable, puisqu'il se règle par la négociation et la recherche de compromis entre les parties hors de tout recours à la Justice. Leur point commun, c'est de s'appuyer sur la conception québécoise de l'interculturalisme dont le rapport propose une définition en onze Points.

 

J'en retiens ici trois, qui indiquent bien que la démarche proposée a pour horizon l'inclusion sociale et non le développement séparé, mais dans le respect de la dignité des personnes concernées dont les bagages identitaires propres méritent d'être appréciés sans préjugés.

 

«Les membres du groupe ethnoculturel majoritaire (en l'occurrence, les Québécois d'origine canadienne-française), tout comme les membres des minorités ethnoculturelles, acceptent que leur culture soit transformée à plus ou moins long terme par le jeu des interactions.»

«Les différences culturelles (et en particulier religieuses) n'ont pas à être refoulées dans le domaine privé. La logique qui sous-tend ce choix est la suivante : il est plus sain d'afficher ses différences et d'apprivoiser celles de l'Autre que de les occulter ou de les marginaliser.»

« Pour les citoyens qui le désirent, il est bon que survivent les appartenances premières, car les groupes ethniques d'origine remplissent souvent un rôle de médiation entre leurs membres et l'ensemble de la société. On retrouve là un phénomène général: sauf exception, chaque citoyen s'intègre à la société par l’intermédiaire d’un milieu ou d’une institution qui agit en tant que relais (famille, profession, groupe communautaire, Eglise, association…) »

 

 

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