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Quelque chose en lui de Bartleby - Philippe Delerm

Quatrième de couverture

www.antiaction.com est pris d'assaut. Beaucoup de compliments, qu'Arnold a d'abord trouvés outranciers, mais on s'habitue vite. Ces enthousiasmes suivis d'épanchements sont souvent signés d'un prénom féminin accompagné d'une adresse e-mail, mais M. Spitzweg s'est promis de ne pas répondre. Certaines correspondantes comprennent cette attitude : « Ne perdez pas votre temps. Continuez seulement à cueillir le meilleur des jours. » Cueillir le meilleur des jours pour des Stéphanie, des Valérie, des Sophie ou des Leila, voilà qui n'est pas sans flatter l'ego d'Arnold, même s'il cueille davantage encore pour des Huguette ou des Denise.

Le jour où Arnold Spitzweg crée son blog, une petite révolution est en marche : l'employé de bureau discret jusqu'à l'effacement cède donc à la modernité mais sans renier ses principes. Sur la toile, à contre-courant du discours ambiant prônant l'activité outrancière, il fait l'éloge de la lenteur et décrit l'inclination naturelle à la paresse. Contre toute attente, les écrits intimes d'Arnold Spitzweg résonnent avec force chez des milliers d'internautes : on le félicite, on le sollicite, on parle de lui à la radio... L'homme anonyme fait l'événement. Comment vivra-t-il cette subite notoriété ?


Commentaire

Arnold Spitzweg, employé de la Poste, il vit seul rue Marcadet, près du square Carpeaux mais est natif de Kintzheim en Alsace. Il ne voyage pas il préfère visiter New York avec Woody Allen ou en feuilletant l’album New York de Sempé, et lit L’usage du monde de Nicolas Bouvier. Il travail rue des Saint-Pères dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, dans ce monde de riches et de bobos.

Admirateur du héros de Melville, Bartleby, il se sent lui-même "complètement Bartleby, par une répugnance à se livrer, une tendance à dire non, une satisfaction morbide à exercer un travail dénué de réelle implication".
Malgré cette répugnance à se livrer il crée contre toute attente un blog, un mot qui sonne "comme une espèce de borborygme scandinave, moitié blizzard et moitié grog" d’abord intitulé de ses propres nom et prénom, Arnold Spitzweg, puis www.antiaction.com, tenu comme un journal.

On suit ses flâneries sur les traces du Paris de Simenon - du canal de l'Ourcq au café Le Pont tournant, où l'on filma un Maigret, d'un pique-nique quai de la Tournelle à une piste de tango au bord de la Seine. Il décrit avec finesse et amour ces petits riens que l’on ne voit pas, des scènes de vie qui lui procure du plaisir : un regard porté sur des enfants jouant dans le square, un cours de Tai-Chi, la mode du vélo dans Paris. Ses écrits rencontrent alors un réel succès: commentaires d'internautes, citation à la radio, propositions d'éditeurs pour en faire un livre.
Une popularité inattendue, pas vraiment recherché, Arnold Spitzweg a du mal à suivre, un changement trop brutal dans sa routine, dans sa simplicité l’expose finalement au « poison de la notoriété ».

Totalement conquise par ce roman dans lequel je me retrouve un peu, il est donc question de plaisirs simples, de bouts de vie qui nous rendent heureux. C’est si joliment exprimé que ça donne envie de suivre ses pas dans ce Paris silencieux. Petite réflexion également sur le monde du virtuel et de la surexposition de nos sentiments, de nos envies et espérances. 150 pages qui se lisent très rapidement tant les mots glissent de pages en pages. Un grand conseil lecture.

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