/image%2F0865419%2F20260503%2Fob_d9f829_aristote-ou-presque.jpg)
Avec Aristote ou presque, Matthew Dooley propose une bande dessinée à la fois tendre, mélancolique et légèrement absurde. L’histoire se déroule dans le village anglais de Dobbiston, où M. Daniels travaille au service des objets trouvés. Dans les sous-sols de la mairie, il classe, étiquette et conserve des objets perdus depuis des décennies, en attendant qu’ils soient un jour réclamés. Sa routine solitaire est bouleversée par l’arrivée de Toby, un adolescent venu faire un stage d’observation. De cette rencontre improbable naît une relation fragile entre un vieil homme perdu et un jeune garçon qui se cherche. Une amitié tendre et un brin mélancolique.
Personnellement, j’ai trouvé l’histoire assez triste, mais d’une tristesse discrète et touchante. Elle évoque la solitude, les regrets, les occasions manquées et la difficulté de trouver sa place. M. Daniels donne l’impression de s’être réfugié dans son travail, comme s’il s’était caché du monde au milieu des objets perdus. Toby, de son côté, semble avancer sans vraiment savoir quelle direction prendre. Leur rencontre apporte une forme de lumière, sans jamais tomber dans le pathos. La BD touche justement parce qu’elle ne force pas l’émotion : elle fait apparaître la mélancolie à travers les silences, les maladresses et les petits gestes de personnages très ordinaires.
L’endroit le plus marquant reste sans doute le service des objets trouvés, immense réserve souterraine où s’accumulent des décennies d’objets oubliés. Cet espace étrange ressemble à une sorte de caverne d’Ali Baba mélancolique, mais aussi à une prison que M. Daniels semble s’être construite lui-même. J’ai beaucoup aimé cette idée : chaque objet perdu paraît contenir une histoire invisible, une absence ou un souvenir abandonné, et il y en a tellement!
Le dessin accompagne très bien cette atmosphère. Le style de Matthew Dooley peut sembler simple, parfois un peu froid ou distant, mais il correspond parfaitement au ton du récit. Il n’y a pas d’effet spectaculaire : tout repose plutôt sur les attitudes, les expressions discrètes et les situations légèrement décalées.
Au final, Aristote ou presque est une bande dessinée touchante, originale et profondément humaine. Son histoire un peu triste pourra sembler discrète ou lente à certains lecteurs, mais cette retenue fait aussi toute sa force. L’album parle de solitude, de transmission et de rencontres inattendues, tout en imaginant un lieu vraiment inoubliable : ce sous-sol rempli d’objets trouvés, à la fois drôle, étrange et poétique.