/image%2F0865419%2F20260506%2Fob_49f40b_72.jpg)
Avec Hulda, Ragnar Jónasson nous replonge dans l’univers sombre, froid et profondément mélancolique qui entoure l’inspectrice Hulda Hermannsdóttir. Ce roman se lit à la fois comme un polar efficace et comme une pièce supplémentaire dans le portrait tragique d’un personnage déjà marquant pour les lecteurs de la trilogie La Dame de Reykjavík.
L’histoire suit Hulda, enquêtrice islandaise solitaire et déterminée, confrontée à une affaire trouble dans laquelle le passé, les secrets et les non-dits occupent une place centrale.Une enquête vieille de vingt ans sur un bébé enlevé chez lui le soir de Noël. Comme souvent chez Jónasson, l’enquête avance dans une atmosphère feutrée, presque oppressante, où les paysages islandais semblent refléter les failles intérieures des personnages. L’intrigue se construit progressivement, avec une tension qui monte par petites touches, jusqu’à devenir réellement prenante.
L’un des grands plaisirs du roman est de retrouver Hulda. C’est un personnage complexe, attachant, marqué par une grande solitude et par une forme de dignité silencieuse. Mais cette lecture provoque aussi une sensation étrange, presque douloureuse, lorsqu’elle évoque sa vie personnelle : son mariage, son mari, sa fille Dimma. Pour qui a déjà lu La Dame de Reykjavík, ces passages prennent une dimension particulière. On sait le drame qui l’attend dans les années à venir, et cette connaissance donne à chaque détail intime une résonance tragique. Ce qui pourrait n’être qu’un simple retour sur son passé devient alors chargé d’une mélancolie très forte.
L’intrigue, elle, fonctionne très bien. Ragnar Jónasson sait installer le doute, multiplier les zones d’ombre et faire naître une tension discrète mais constante. Le suspense est mené avec efficacité jusqu’aux dernières pages. Le lecteur avance avec l’impression que quelque chose se referme peu à peu, sans forcément savoir d’où viendra le véritable choc.
On peut toutefois regretter que le dénouement arrive un peu trop facilement. Après une installation assez longue des personnages, de leur psychologie et de l’atmosphère, la résolution paraît presque rapide, comme si le roman se pressait soudain de conclure. Ce contraste peut laisser une légère frustration : l’ambiance et les enjeux avaient été si soigneusement posés que l’on aurait aimé une conclusion plus ample, plus progressive, ou plus dérangeante encore.
Malgré cette réserve, Hulda reste un polar très prenant, porté par une héroïne inoubliable et par une atmosphère glaciale parfaitement maîtrisée. C’est un roman qui vaut autant pour son enquête que pour ce qu’il révèle, en creux, de la destinée bouleversante de Hulda.