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Si je t’écris… - Vincent Zabus & Denis Bodart

Devenu adulte et père de famille, Louis retourne dans la station balnéaire où il passait ses vacances lorsqu’il était enfant. Il choisit même de louer la maison dans laquelle il avait séjourné à l’âge de dix ans. Ce retour sur les lieux de son passé fait peu à peu remonter les souvenirs d’un été qui a profondément marqué sa vie.

Le récit nous ramène alors dans les années 1970. Louis séjourne au bord de la mer avec son père, sa tante et son oncle. Autour de lui, les autres enfants jouent sur la plage, font du vélo et s’inventent des histoires autour d’une mystérieuse maison perchée sur la falaise. Selon la rumeur, une sorcière y vivrait et pourrait communiquer avec les morts. Mais Louis reste souvent à l’écart. Plus silencieux et solitaire que les autres. Derrière le décor lumineux des vacances se cache en effet une perte que l’enfant ne parvient pas encore à accepter, celle de sa mère. 

L’atmosphère de cette bande dessinée m’a tout de suite plu: la douceur des vacances d’enfance, la plage, les jeux et les longues journées d’été. La maison perchée sur la falaise apporte quant à elle une part de mystère. Elle symbolise les peurs de Louis, son besoin de réponses et son espoir de garder un lien avec sa mère.

Louis est un personnage très attachant. Sensible et réservé, il ne comprend pas toujours les émotions qu’il ressent. Il souffre de l’absence de sa mère et porte une culpabilité qui l’empêche d’avancer. Ses réactions peuvent parfois sembler maladroites, mais elles montrent surtout la douleur d’un enfant qui essaie de comprendre ce qu’il vit. Le Louis adulte reste profondément marqué par cet été. En revenant sur les lieux de son enfance, il affronte un souvenir douloureux qu’il n’a jamais vraiment réussi à apaiser.

Les adultes qui entourent Louis sont eux aussi touchants. Ils essaient de le protéger et de continuer à vivre normalement, mais leurs silences montrent qu’ils souffrent également. Chacun traverse le deuil à sa manière, sans toujours trouver les mots justes. Les autres enfants apportent un peu de légèreté grâce à leurs jeux et à leur imagination. Quant à la mystérieuse femme de la maison sur la falaise, elle joue un rôle important et aide Louis à affronter la réalité.

Le dessin est à la fois sensible et naturel. Les gestes et les visages suffisent souvent à faire comprendre les émotions des personnages. Les paysages de bord de mer sont particulièrement réussis. Les falaises, la plage, les maisons et le ciel donnent au récit une atmosphère lumineuse. 

Cette bande dessinée m’a particulièrement touchée par son approche des souvenirs d’enfance. Elle montre avec justesse que certains moments restent gravés en nous, même lorsque nous ne les comprenons pas complètement au moment où nous les vivons. En revenant sur cet été, Louis redécouvre non seulement un lieu, mais aussi l’enfant qu’il était et la douleur qu’il avait enfouie.

J’ai été très sensible à la manière dont le récit aborde la perte d’une mère. Le deuil est présenté à travers le regard d’un enfant, avec ses incompréhensions, ses espoirs et son besoin de continuer à s’adresser à la personne disparue. La culpabilité occupe également une place importante dans l’histoire. Elle montre comment un enfant peut se sentir responsable d’un événement qui le dépasse et conserver ce poids pendant de nombreuses années. Le récit parle donc autant de l’absence que de la nécessité de se pardonner. Il rappelle que grandir ne signifie pas oublier, mais apprendre à vivre autrement avec ses souvenirs.

Si je t’écris… est une bande dessinée douce et bouleversante, qui aborde le deuil, la culpabilité avec beaucoup de délicatesse. J’ai été touchée par la sincérité des personnages, la beauté des décors et la manière dont les images expriment parfois davantage que les mots. Une lecture sensible que je recommande.

 

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