Dernière aube - Jérémie Guez et Attila Futaki

John Martyrosian est un ancien tueur à gages qui a travaillé pendant des années pour la mafia russe en Louisiane. Désormais retiré sur une petite île de Floride, il mène une existence beaucoup plus tranquille en organisant des sorties de pêche. Mais son passé finit par le rattraper lorsque son ancien patron vient lui confier une dernière mission qu’il ne peut pas vraiment refuser.

Aurora Jackson, la fille d’un couple riche et influent de La Nouvelle-Orléans, a disparu. Martyrosian doit la retrouver en utilisant ses anciennes relations et sa connaissance des milieux criminels. Au cours de son enquête, il croise Matthew Ferrara, un agent du FBI chargé de la même affaire, ainsi que sa collègue Kendra Lewis. Malgré leurs méthodes et leurs valeurs opposées, ils vont devoir avancer sur une piste commune, qui les mènera vers une réalité de plus en plus sordide.

L’intrigue reprend les codes du polar américain : un ancien criminel rattrapé par son passé, une jeune femme disparue, des policiers aux méthodes discutables, une ville gangrenée par la violence et une enquête qui s’enfonce progressivement dans les zones les plus sombres de la société.

Le récit se lit facilement et maintient une tension constante. Les informations sont données progressivement, les pistes se croisent et certaines scènes sont particulièrement brutales, le tout dans une ambiance pour le moins inquiétante. Les enquêteurs interrogent des témoins, suivent des pistes et descendent peu à peu dans les bas-fonds de La Nouvelle-Orléans. Le scénario est bien maîtrisé, mais il réserve finalement peu de véritables surprises. On retrouve une mécanique policière familière, efficace sur le moment, sans qu’elle renouvelle véritablement le genre.

Ce que j’ai surtout aimé dans cet album, c’est son ambiance. On retrouve vraiment l’atmosphère des séries policières américaines des années 1990 : des rues mouillées, des néons, des bars douteux, des voitures dans la nuit et des policiers fatigués qui semblent tous cacher quelque chose. Par moments, j’avais presque l’impression de regarder un téléfilm policier, avec une musique sombre en fond et La Nouvelle-Orléans sous la pluie. Le rythme du récit, les changements de point de vue et les cadrages renforcent encore cette sensation.

Cette ambiance un peu rétro fonctionne très bien. Elle donne au récit un côté nostalgique, sombre et mélancolique. La ville n’est pas seulement un décor : elle participe pleinement à l’histoire et semble elle aussi marquée par la violence et les secrets.

John Martyrosian est clairement le personnage central du récit. Imposant, calme et réputé dangereux, il dégage immédiatement quelque chose d’intimidant. Face à lui, Matthew Ferrara, l’agent du FBI, semble être son opposé, même si les deux hommes ont en commun une certaine violence et une vision assez sombre du monde. Kendra Lewis apporte, elle, un regard plus posé et plus moral sur l’enquête. Malheureusement, ces personnages restent définis par leur fonction dans le récit : le vieux tueur expérimenté, l’agent du FBI tourmenté et la policière plus intègre. Quelques éléments de leur passé sont évoqués, mais rarement développés. Leur présence est forte, mais leur personnalité reste parfois trop esquissée. Même Aurora, pourtant au centre de l’enquête, demeure longtemps une figure lointaine construite à travers les témoignages des autres.

Le dessin est l’un des grands points forts de l’album. SSon style réaliste et sombre correspond parfaitement à cet univers criminel. Les cadrages donnent souvent l’impression de regarder un film plutôt que de lire une BD. Les visages sont très réalistes, mais aussi assez froids et distants, ce qui renforce selon moi le sentiment que l’on reste finalement à la surface des personnages, sans vraiment entrer dans leur intimité.

Dernière aube est un polar efficace et visuellement impressionnant. L’enquête se suit avec intérêt et l’atmosphère constitue une véritable réussite. Les amateurs de romans noirs, de vieux thrillers américains et de séries policières des années 1990 devraient apprécier cette plongée dans une La Nouvelle-Orléans violente et désenchantée. L’album aurait toutefois gagné à accorder davantage de place à ses personnages. Ils sont charismatiques et intrigants, mais restent trop mystérieux pour que l’on s’attache réellement à eux. On termine donc la lecture avec l’impression d’avoir assisté à un bon épisode de série policière : sombre, tendu et parfaitement mis en scène, mais dont les héros disparaissent presque aussitôt le générique terminé.

 

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