Gunnar le vampire - Nicolas Dumontheuil

L’histoire se déroule en 1910, dans un petit village de Bourgogne. Gunnar Gunnarson est un vampire suédois âgé de plusieurs siècles. Pourtant, il est bien loin de l’image habituelle de la créature sanguinaire. Lassé de la violence, il vit relativement paisiblement parmi les habitants et se consacre à la couture aux côtés de Marthe, son épouse mortelle. Mais lorsque plusieurs animaux sont retrouvés décapités, les soupçons commencent à se porter sur lui. L’arrivée de sa sœur jumelle Gunnel, dont le comportement correspond davantage aux légendes inquiétantes entourant les vampires, vient également perturber cet équilibre fragile.

J’ai trouvé le début du récit assez lent à se mettre en place. Nicolas Dumontheuil multiplie les courtes scènes et les situations secondaires pour présenter Gunnar, son quotidien et les nombreux habitants du village. Cette construction permet de découvrir progressivement tout un petit monde, mais elle donne aussi l’impression que l’intrigue se disperse et tarde à trouver sa véritable direction. Certains passages paraissent davantage destinés à dresser le portrait du personnage qu’à faire avancer l’histoire.

Ce n’est véritablement qu’à partir de la moitié de l’album que le récit gagne en profondeur. Derrière la chronique villageoise et ses situations parfois absurdes apparaissent alors des thèmes plus sensibles : la solitude, la différence, le poids de l’immortalité, l’amour entre un être qui ne vieillit pas et une femme arrivée au terme de sa vie, mais aussi le désir de redevenir humain ou celui d'être immortel. Gunnar devient progressivement un personnage beaucoup plus touchant. Son calme, son élégance et sa lassitude contrastent avec sa nature monstrueuse. Face à lui, Gunnel, sa soeur, représente une autre manière de vivre la condition vampirique, plus instinctive et inquiétante.

La galerie de personnages secondaires est riche et extravagante. Villageois, religieux, Tziganes et créatures singulières participent à cette comédie de mœurs. Tous ne sont pas développés de la même façon, mais ils permettent à l’auteur de montrer les réactions provoquées par la différence.

Graphiquement, Nicolas Dumontheuil choisit de représenter ses personnages avec des silhouettes et des visages légèrement caricaturaux. Ce dessin expressif leur donne un aspect humoristique qui correspond parfaitement au ton décalé de l’histoire. Les décors sont cependant très travaillés et installent efficacement l’univers rural du début du XXe siècle. Les couleurs accompagnent les changements d’ambiance, notamment avec des tonalités lumineuses le jour et davantage de bleu durant les scènes nocturnes.

 

Même si l’histoire met en scène des vampires, des animaux retrouvés morts et plusieurs événements inquiétants, l’atmosphère reste assez légère. L’auteur ne cherche pas vraiment à faire peur au lecteur. Il préfère utiliser l’humour, les situations étranges et les réactions parfois exagérées des personnages. Certains dialogues et comportements apportent également un côté absurde et décalé au récit. Le contraste entre les événements sombres et la façon amusante de les raconter fonctionne plutôt bien. Il permet de découvrir une histoire de vampires différente, moins effrayante et plus proche d’une comédie de village. Ce choix donne une vraie originalité à l’album et le rend accessible même aux lecteurs qui apprécient peu les récits d’horreur.

Gunnar le vampire est donc une lecture originale, portée par un univers visuel très personnel et un héros attachant. Si sa première moitié, trop morcelée à mon goût, demande un peu de patience, la suite révèle un récit plus émouvant et plus profond qu’il n’y paraît, utilisant la figure du vampire pour parler de solitude, de différence et de notre rapport à la mortalité.

 

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