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Le quatrième mur - Sorj Chalandon

Le quatrième mur - Sorj Chalandon

Présentation

 

« L'idée de Sam était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.


Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, petit théâtreux de patronnage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne... »

 

 

Avis
 
Le roman débute sous les obus, le roman débute par sa fin. On est au Liban en octobre 1983.
L’histoire se déroule entre plusieurs villes, plusieurs années. On est tantôt à Paris tantôt à Beyrouth, mais aussi à Sabra, Chatila entre 1974 et 1983.
 
Georges est un étudiant de gauche à Paris,  c’est lors d’une conférence qu’il rencontre Samuel Akounis, réfugié grec et metteur en scène, et apparaît dès lors une fascination pour cet homme qui a milité contre la dictature. Une jeunesse en rébellion qui s’est assagie avec l’âge et les obligations de la vie.
Sam tombe malade, cloué sur un lit d’hôpital il demande à Georges de lui accorder une faveur, celle de monter son projet fou : jouer l’Antigone de Jean Anouilh dans Beyrouth à feu et à sang, dans ce Liban en guerre.

 

"Depuis toujours, Sam voulait monter la pièce noire d’Anouilh dans une zone de guerre. Offrir un rôle à chacun des belligérants. Faire la paix entre cour et jardin."

 
Une Antigone palestinienne sunnite ; Hémon, un Druze du Chouf ; Créon, roi de Thèbes et père d’Hémon, un maronite de Gemmayzé. Les chiites jouant les gardes, et une nourrice arménienne seraient aussi de la partie. Toutes les communautés seraient représentées le temps d’une pièce de théâtre, un cessez-le-feu provisoire. Une idée insensée qu’on espère réalisable même si au fond cela paraît impossible. Une trêve des combats le temps d’une pièce de théâtre ? La guerre décidément menace l’espoir.
 
Georges, metteur en scène, marié et tout juste père d’une petite Louise quitte la France pour le Liban pour reprendre la tâche ardue que lui a confiée son ami. Mais arrivé sur place c’est un autre monde qui l’attend, toute la tragédie et la violence que peut engendrer la guerre.
 
C’est un roman qui ne m’a pas laissé indemne, il est des livres qui nous font vivre de l’intérieur la souffrance et la peur qui découle de la guerre et de ses ravages. Tout y est tellement vrai et puissant surtout cet engagement de Georges qui n’arrive pas totalement à sortir de ce gouffre qu’est devenu le Liban et y replonge en confiant sa vie et son avenir à une guerre qui finalement est aussi devenue la sienne.
Beaucoup d’émotions surtout dans les pages consacrées au massacre du camp de Chatila et à la fin de notre Antigone. Roman poignant.

« - Le quatrième mur ?
J’avais déjà entendu cette expression sans en connaître le sens.
- Le quatrième mur, c’est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public, a répondu Samuel Akounis.
Une façade imaginaire que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Pour certains, un remède contre le trac. Pour d’autres, la frontière du réel ; Une clôture invisible, qu’ils brisent parfois d’une réplique s’adressant à la salle. »

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